Les Vagues et la Rose.

Parler de littérature, de bandes dessinées, de cinéma, etc. C'était un peu évident dans le titre, mais bon...

Modérateur : Modéros manichels

Eschyle
peut mieux faire
Messages : 2
Enregistré le : sam. 23 sept. 2006 - 05:17

Les Vagues et la Rose.

Message non lupar Eschyle » sam. 23 sept. 2006 - 05:40

Elle est là, devant moi.
Immobile, debout sur cette terrasse qui plonge droit vers la mer, elle contemple l’horizon, les bras accoudés à la balustrade. Le vent du soir ondule sur les plis rouges de sa robe et offre à son corps une courbe nouvelle et magnifique. J’aime cette femme et son corps. Grâce à elle j’ai repris goût à la vie. C’est elle qui m’a permis de sortir du sombre gouffre que la vie creusait en mon âme.

Au bas de la falaise, le bruit des vagues se soulève discrètement. Doux fracas d’une blanche écume contre la roche. Le vent souffle un peu plus fort et commence à jouer avec les quelques mèches rebelles de ses courts cheveux noirs tandis qu’elle se tourne vers moi. Elle fixe sur moi ses grands yeux sombres. Appuyé contre le mur de la terrasse, je la contemple, amoureux ; un verre de Scotch à la main. Elle me sourit en replaçant derrière son oreille les quelques cheveux que le vent joueur a tenté de dérober sur son passage. Son sourire me trouble. Gêné, je plonge mon regard dans le verre de Whisky et en bois une gorgée pour échapper à la tendre attaque de ces longs cils. Mais cette boisson n’est pas faite pour mes yeux. Seule la vision de cette femme peut étancher leur soif, alors je redresse gauchement la tête.

Elle me sourit d’avantage, amusée par ma timidité d’enfant.

Je me retrouve quelques vingt ans en arrière, dans la cour de récréation de l’école. Elle était là, jolie petite rousse qui me souriait et me troublait ; à moitié cachée derrière l’unique arbre de la cour. Elle me fixait de ses grands yeux pleins d’une malicieuse tendresse pendant qu’autour de nos regards le temps s’était arrêté. Je n’entendais plus rien. Ni le cri de mes camarades qui jouaient à chat perché, ni le rire des filles qui jouaient à la marelle. Je l’aimais cette petite rousse. Je l’aimais d’un amour d’enfant. D’un amour que l’on ne retrouve que très rarement, mais je n’ai jamais pu lui glisser mes sentiments à l’oreille. Cette fille avait traversée ma vie comme l’éclair : me frappant d’un violent coup de foudre avant de repartir de l’école aussi rapidement qu’elle était arrivée ; disparaissant pour une autre ville. Pour une autre vie.

Aujourd’hui, j’ai retrouvé cet amour d’enfant. J’ai retrouvé ce petit garçon timide qui rougissait jusqu’aux oreilles lorsque, finalement, elle posait sur lui ses jolis yeux verts. Aujourd’hui, ce petit garçon a grandit mais la sensation est toujours là ; toujours la même. Le temps semble s’être arrêté entre elle et moi. La Terre semble avoir cessée de tourner autour de nos deux corps mais le vent continue de jouer avec ses cheveux noirs. Aujourd’hui, plus aucun arbre ne vient à moitié cacher les yeux de celle que j’aime. Aucun directeur ne vient annoncer la stridente et sifflante fin de récréation et le retour précipité en classe, deux par deux. Seul nous entoure le bruit des vagues qui viennent doucement s’écraser contre la falaise. Seuls nous enlacent la légère brise et le ciel violacé d’un soleil couchant. Quant à elle, elle est là, devant moi sur cette terrasse qui plonge droit vers la mer et elle me regarde, immobile. Le seul mouvement de cette image glisse sur ses lèvres lorsqu’elle chuchote un tendre « Je t’aime… » qui me transporte au septième ciel et m’envoie six ans dans le passé.

« Je t’aime… »
C’était la première fois qu’elle me le disait. Mais aussi la dernière.
Elle était là, dans mes bras, cette froide et pâle créature à la chevelure rousse. Froide et pâle, mon Amour d’enfance. Dans ce grand lit, elle semblait si petite. Dans cette chambre blanche, elle semblait si pâle. Dans cet hôpital, elle n’était qu’une malade parmi tant d’autres ; une pauvre âme, perdue dans une foule qui cheminait lentement vers la mort. Là, dans le lit de cette chambre d’hôpital, je la serrais le plus fort possible pour ne pas qu’elle s’en aille. Mais elle est partie. Après quatre années de mariage ; quatorze années après que je l’aie retrouvée, elle me quittait à nouveau, cette petite fille rousse, pour une autre vie. Une autre rive. Pour la première fois, en la dernière minute de sa vie, en son dernier souffle, elle glissa à mon oreille ces quelques mots que j’aurais tant aimé lui dire lorsque, cachée derrière son arbre, elle me regardait d’un œil amusé et déjà amoureux. En son dernier souffle, elle murmura ces mots que je n’ai jamais réussi à lui dire, même après quatre années de mariage. Elle n’avait pas besoin que je le lui dise, ma chère et tendre rousse. Non, elle n’en avait pas besoin. À me voir sourire bêtement, comme un enfant timide lorsqu’elle me fixait, elle savait que je voulais formuler cette déclaration. Que je voulais forger de mes mots les sentiments qui consumaient mon cœur et mon âme en ces instants si précieux. Elle n’avait pas besoin d’entendre ces mots que tout le monde prononce. Ces mots qui traînent dans toutes les bouches. Mais, moi, j’avais besoin de les dire. Besoin de les mâcher comme chacun le fait, et comme beaucoup le feront encore. Seulement je n’ai jamais pu. Jamais. Et aujourd’hui encore je le regrette.

Aujourd’hui encore je le regrette. Mais, cette fois, je ne vais pas laisser l’enfant timide prendre le dessus sur l’adulte amoureux qui brûle d’envie de voir éclore les mots que son cœur a formé pour cette femme aux cheveux noirs. J’entrouvre les lèvres… Mouvement suspendu pendant une infinité de secondes. Elle s’approche de moi.
« Je … »
Elle a posé son index sur mes lèvres. Elle me sourit. Elle non plus n’a pas besoin de m’entendre prononcer les mots fatidiques. Mais je le veux, moi ! J’en ai besoin ! Elle se détourne et reprend sa contemplation d’un horizon aux teintes maintenant d’un bleu crépusculaire. Le vent balaie encore et toujours ses cheveux courts ; inlassablement. Les vagues s’écrasent encore et toujours contre la falaise ; inlassablement.

Des oiseaux passent lentement dans le ciel et tracent quelques tourbillons au-dessus de nos têtes pour nous souhaiter le bonsoir. J’observe leur manège quelques secondes avant qu’ils ne repartent vers le Sud, dans un chant clair et joyeux. Lorsque mon regard redescend vers la terrasse je la vois, elle, montée sur le parapet, pieds nus. Elle me sourit une fois encore.
« Je le sais que tu m’aimes… »
Ce sont les derniers mots qu’elle prononce avant de basculer dans le vide derrière elle. Je ne peux rien faire pour l’arrêter alors que je la vois tomber, lentement, puis disparaître derrière la balustrade dans un vaporeux nuage rouge. Je me précipite pour tenter désespérément de la rattraper, mais je ne peux que contempler la chute de cette fleur aux pétales rouges ouverts sur l’étamine rose d’un visage tourné vers le ciel.
Sur ses lèvres je peux voir, encore et toujours, l’éternel sourire.

Elle est maintenant morte. En bas, je peux la voir flotter. Jolie fleur ballottée par les remous ; secouée par les vagues et projetée contre la falaise. Maintenant je n’ai plus peur de lui sourire. Maintenant je peux lui murmurer :
« Je t’aime ! »

Avatar de l’utilisateur
puyo
ourse verte
Messages : 5387
Enregistré le : jeu. 27 nov. 2003 - 02:06

Message non lupar puyo » sam. 23 sept. 2006 - 08:47

Mais.. il sourit en regardant un cadavre flotter ?

C'est très canard pour le coup.

Sinon, trop de rose, de pastel, tout ça. Oula.
Kouin, le doublon négatif

Tiens, ça ferait une bonne blague canard, ça !

glop-glop
lapin invisible...
Messages : 908
Enregistré le : mer. 15 mars 2006 - 21:49

Message non lupar glop-glop » sam. 23 sept. 2006 - 10:59

Eschyle, sois sympa, rappelle plutôt Homère, ce sera mieux ...

Avatar de l’utilisateur
FunRAM
quintessence ultime
Messages : 4269
Enregistré le : mer. 23 févr. 2005 - 01:00

Message non lupar FunRAM » sam. 23 sept. 2006 - 11:13

Bon, si j'ai bien compris, le gars, il a jamais eu de chance avec les nanas, c'est ça ?
"Now, lissen up, dis iz teh sovrin ceiling cat talkin, pai attenshun: Dis is Jerusalem, der sitty in teh middul of Urf. Not middel-urf - dat iz full ov hobbitz. 6 Norty Jerusalem, iz sitty dat putz it paws ova its eerz an go 'La la la, I cants heer u!' Jerusalem no do wot ceiling cat want."

Dorian
peut mieux faire
Messages : 5
Enregistré le : sam. 19 juil. 2008 - 09:01

Message non lupar Dorian » sam. 19 juil. 2008 - 14:38

Trop étouffant de mièvrerie à mon goût.

Avatar de l’utilisateur
Maaarge
fumier de lapin
Messages : 540
Enregistré le : mar. 13 mars 2007 - 22:43

Message non lupar Maaarge » sam. 19 juil. 2008 - 15:29

Ça manque de nécrophilie, non?
Ben euh, c'est-à-dire que, euh....


Retourner vers « nouvelles, BD, cinéma et littérature »

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 2 invités